Baptiste W. Hamon, entre folk US et chanson française

Baptiste W. Hamon, entre folk US et chanson françaiseBaptiste W. Hamon

Baptiste W. Hamon sort son premier ALBUM intitulé L’INSOUCIANCE, entre songwriting folk US et chanson réaliste française, comme une évidence pour ce passionné d’histoire et de cultures américaines autant que de belles lettres.

« J’ai d’abord commencé à écrire des poèmes vers 17 ans, tout en écoutant des vieux disques de Townes Van Zandt et Leonard Cohen. A force d’émotions et de frissons procurés par leurs mots et leurs voix (avec quelques autres comme Bob Dylan, John Prine, ou Guy Clark), j’ai eu envie de m’y mettre aussi et d’essayer d’en faire autant avec mes mots à moi, dans ma langue à moi ».

Baptiste W. HamonAprès avoir commencé par écrire des chansons en anglais sous le nom de Texas in Paris – il a ainsi approché la scène folk scandinave quand il finissait ses études en ingénierie à Trondheim en Norvège – il se met à son retour à écrire dans sa langue maternelle. « C’est après avoir beaucoup écouté Barbara, Serge Reggiani et George Moustaki que sont venues mes premières chansons en français ». Il enregistre alors ses premières maquettes avec le label parisien Midnight Special Records qui les sort en cassette.

Baptiste W. Hamon cherche à raconter son Amérique à lui, faite de rencontres et de voyages, et d’innocence à retrouver. « Dans ce Mississippi, quelque part où Paris/N’est plus l’ombre de quiconque, pas au Mississippi ». De ballades amères en ritournelles amoureuses (dont un duo avec Alma Forrer), jusqu’à une déclaration d’amour envers son mentor fantasmé texan Townes Van Zandt, Baptiste W. Hamon chante son attrait pour les choses simples de la vie et la poésie rigoureuse des grands chansonniers/songwriters qui l’ont formé.

Invité en mars 2015 à participer au festival South By Southest à Austin au Texas, il en profite pour se rendre à Nashville chez le producteur Mark Nevers (Vic Chestnutt, Bonnie Prince Billy, Andrew Bird, Silver Jews, Lambchop) pour enregistrer ce premier album, sur lequel figurent des duos avec deux songwriters admirés : Will Oldham et Caitlin Rose. « Enregistrer à Nashville a été une expérience extraordinaire. J’ai été frappé par la facilité des contacts avec les musiciens, leur enthousiasme à jouer ou chanter sur mes morceaux, et leur plaisir de reconnaître les influences folk dans mes compositions. Ils ont l’Americana dans le sang là-bas, et la conscience aiguisée de l’importance des textes. » On peut ainsi entendre Will Oldham chanter en français, ou Caitlin Rose, dont la mère écrit des tubes pour Taylor Swift, parler de Paris et d’amours perdues dans le seul morceau tout en anglais de l’album. Le travail de mixage a par la suite été effectué à Paris, au studio Poptones par Jean-Charles Versari (ex Hurleurs).

Deux facettes complémentaires nourrissent donc l’univers de Baptiste W. Hamon, qui s’est choisi en clin d’oeil comme middle name un surnom qu’on lui prêtait dans ses années étudiantes en raison de son goût prononcé pour les santiags : Walker.

Repéré par le Chantier des Francofolies, qui a notamment révélé Cali, Rover, Emilie Loizeau ou Frànçois And The Atlas Mountains, ce premier album (dont la pochette a été réalisée à Chablis par Baptiste W. HamonFrank Loriou) invite les auditeurs à se replonger dans les histoires passées, chacun selon son rythme, dans le calme et le savoir, la beauté et le sourire, et l’insouciance la plus pleine. Baptiste W. Hamon sera en concert le 19 mai prochain au Café de la Danse.

Nous avons eu le bonheur d’interviewer Baptiste qui représente à merveille ce mélange de culture USA / France si cher à FUSAC : 

Bonjour Baptiste, où et comment as-tu connu FUSAC?

Bonjour Caroline ! Un ami texan qui étudiait à Sciences-Po (également grand guitariste de bluegrass) m’a pour la première fois parlé de ce magazine en 2010. Depuis, les américains que je rencontre à Paris, qu’ils soient étudiants, Au Pair, en césure ou qu’ils travaillent dans les cafés branchés du 11ème arrondissement me parlent souvent de FUSAC, qui a l’air d’être un outil précieux pour eux !

D’où te vient ton héritage Folk / Country? Quelles sont tes influences?

Quand j’étais lycéen, grâce à mon frère qui lisait les Inrockuptibles, j’écoutais beaucoup de musique indie, et en particulier indie folk. Des artistes comme Bonnie Prince Billy, Elliott Smith, Vic Chestnutt, Jason Molina, The Silver Jews. Et puis un jour, je suis tombé sur la musique et l’univers de Townes Van Zandt. Ca a été pour moi une révélation immense, je n’avais jamais ressenti d’émotions aussi fortes sur aucune musique auparavant. Les gens en France connaissent très mal le folk et la country, et j’ai décidé de dérouler le fil en écoutant beaucoup de singer-songwriters texans d’abord, puis américains plus largement : Guy Clark, Kris Kristofferson, Mickey Newbury, John Prine, Butch Hancock, Willie Nelson, etc etc. Ce sont eux qui m’ont donné envie d’écrire mes premières chansons. Par la suite, j’ai aussi beaucoup écouté de nos « songwriters » à nous de la même période : Brel, Barbara, Moustaki, Jacques Bertin.

Depuis combien de temps fais-tu de la musique?

J’avais vingt ans environ quand je me suis lancé dans l’écriture de chansons, mais ça ne fait que quatre ans que j’en fais vraiment sérieusement (j’ai abandonné mon métier d’ingénieur), et deux ans que j’en vis.

Est-ce que tu voyages souvent aux USA?

Le plus souvent possible oui ! J’ai une passion complètement irrationnelle pour les Etats-Unis. La simple évocation d’un voyage en Amérique suffit à me rendre heureux, j‘ai des papillons dans l’estomac c’est con, comme quand on est amoureux. J’aime l’Amérique rurale, celle de Faulkner, celle qu’on ne visite pas. L’Amérique de Shotgun Stories, le film de Jeff Nichols, l’Amérique des étudiantes qui lisent Proust dans l’Arkansas, à Oxford, Mississippi, ou Lafayette en Louisiane. Je pourrais vivre au Kansas ou dans le Nebraska, avec des livres, quelques bières et des copains ; à Terlingua, Texas, dans un bled perdu de l’Alabama, près d’un lac en Virginie Occidentale ou quelque part dans les quartiers pas encore gentrifiés d’Austin, de Memphis, de New Orleans, de Tucson ou Chicago. Partout où je suis allé, j’ai rencontré des gens incroyables avec des histoires incroyables et des accents incroyables qui me donnaient envie de rester là-bas pour toujours. I’ll do that one day. Trump ou pas Trump.

Comment est reçue ta musique en France? Et aux USA?

Mon disque est sorti le 11 mars, et est très bien accueilli par la critique (Le Monde, Le Figaro, Télérama, Les Inrockuptibles, Magic notamment ont écrit d’élogieux articles). Les gens trouvent ça super qu’on puisse allier un univers folk américain avec des paroles recherchées (ce que j’essaye de faire) en français. Aux USA aussi les retours sont très positifs. J’ai le sentiment que le public américain comprend ma démarche et entend quelque chose de familier dans la structure et les arrangements des chansons. On dit souvent de ma musique que c’est de l’Americana, mais chanté en français. Je crois que c’en est une représentation assez juste, même si ça peut sembler paradoxal !

Comment expliques-tu que la musique country n’est pas un style très populaire en France?

Je pense que la country souffre beaucoup de ses clichés. En France, on associe la country à une musique commerciale pour gens très conservateurs et peu cultivés, mais en réalité personne n’est vraiment capable de citer un seul nom de chanteur country. J’ai entendu parler de Johnny Cash pour la première fois de ma vie à 18 ans, c’est incroyable ! Alors que dans d’autres pays d’Europe, en Norvège par exemple où j’ai vécu deux ans, les jeunes ont été bercés par la bonne country des années 60 et 70, car leurs parents écoutaient ça. Mais je pense que la country a un potentiel énorme en France : à chaque fois que je fais écouter Hank Williams, Kristofferson, Bill Monroe ou Townes Van Zandt à des amis qui n’y connaissent rien, ils disent : « waaaaa mais c’est super ça ! ». Et peu importe s’ils ne font pas encore la différence entre la musique Old Time, le Bluegrass, l’Outlaw Country, le Nashville Sound, l’Americana, l’Alt-Country, etc. Chaque chose en son temps ! La country est un genre musical formidablement riche, bien plus complexe et allant bien au-delà de ses clichés.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ton premier album?

J’ai eu la chance d’être programmé au festival SxSW l’an passé à Austin, Texas, avec deux autres artistes français : Christine & The Queens et Marianne Dissard (qui a beaucoup collaboré avec les groupes Calexico et Giant Sand). Quand j’ai appris que j’allais participer à ce festival, j’ai contacté le producteur Mark Nevers à Nashville, dont je connaissais le travail avec des artistes comme Andrew Bird, Jason Isbell, Bonnie Prince Billy, Bobby Bare, Lambchop, Caitlin Rose et Vic Chestnutt notamment, pour lui demander s’il serait d’accord pour travailler sur mon disque. Il a écouté mes maquettes et accepté dans la foulée. Sur place, ça a été une expérience extraordinaire. J’ai notamment eu l’honneur d’enregistrer des duos avec Will Oldham et Caitlin Rose, deux artistes que j’adore. Austin et Nashville sont deux villes incroyables pour les amateurs de musique et de contre culture. Of course, il vaut mieux rester loin de Music Row (où est produite toute la pop commerciale sans âme qu’ils appellent tristement country) si on veut trouver un peu d’authenticité.

Est-ce que c’était une évidence pour toi d’écrire en français ou as-tu pensé à utiliser l’anglais?

Les premières chansons que j’ai écrites étaient en anglais, car je n’écoutais que de la musique américaine à l’époque. Les mots me venaient plus naturellement en anglais (j’évoluais alors dans un milieu très international en Norvège). Et puis au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ce qui m’excitait le plus chez tous ces songwriters américains que j’écoutais, c’était leur propension à écrire des paroles riches, poétiques et abouties. Je suis alors passé au français pour suivre cette démarche de songwriter jusqu’au bout et travailler la langue que je maitrise le mieux : le français. Depuis, j’écris toujours quelques chansons en anglais de temps en temps, mais l’essentiel de mon travail est en français.

Est-ce que tu te joues beaucoup en live? Quel est ton prochain concert?

Oui, la tournée s’organise ! J’ai un gros concert le 19 mai au Café de la Danse à Paris, auquel je convie tous les lecteurs de FUSAC qui apprécient le folk et la chanson française ! Et les autres aussi ! Venez nous voir, ça va être la fête !

Quels sont tes projets futurs? 

J’aimerais beaucoup pouvoir tourner aux Etats-Unis avec mon projet actuel, et essayer de promouvoir un peu la musique française là-bas. Je me rends compte à chaque fois que je voyage que beaucoup de jeunes américains dans les villes connaissent Gainsbourg, mais ne connaissent pas les super chanteurs actuels que nous avons ici en France. J’ai le sentiment qu’il y a un créneau à prendre, car la France et le français continuent à évoquer des tas de jolies choses dans l’imaginaire de pas mal de gens en Amérique et ailleurs. Ce serait dommage de ne pas essayer de profiter de ça !

Pour en savoir plus sur Baptiste W. Hamon : Facebook
Pour réserver votre place au concert le 19 mai au Café de la Danse : Ici